J'ai du mal à respirer, j'ai du mal à sourire, mais ça, personne ne le dit. Non, Lei elle doit sourire parce qu'aujourd'hui elle a tout pour être heureuse... Naïfs. Je voulais extirper mon angoisse, petit à petit, pour éviter les grandes engueulades et les grands maux, pour le faire discrètement parce que je pensais que ça ne ferait de mal à personne de ne pas subir mes angoisses grandissantes. Je ne le faisais pas pour moi, moi j'ai l'habitude de ces angoisses étouffantes, mais je me suis reçu des « tu me pompes » ; « arrête tes sarcasmes » alors que j'essayais d'aller le moins mal possible. Bordel, c'est à croire qu'ils m'ont jamais vue en train de criser... Oh, mais non, ils ne m'ont jamais vue en train de criser. Le choc que ça va vous faire mes pauvres, si vous saviez comme vous me méconnaissez, tous autant que vous êtes putain. SI vous saviez... Tu m'as trouvée exécrable hier soir ? Mais ma pauvre chérie, comme tu vas morfler quand tu vas te confronter à la réalité. Je t'avais prévenue, je ne suis pas un cadeau, bien loin de là. Je t'avais prévenue putain. Le seul point positif c'est que pour une fois t'as pas fermé ta gueule. Cela dit, les méchancetés que tu m'as balancé dans la tronche m'ont pas particulièrement fait du bien mais tu vois, je passe outre le fait que mon égo déjà pas bien imposant en a pris un coup, juste pour voir que tu t'améliores. Juste pour voir que ça y est, t'arrêtes de te retenir. Tu vois un peu ? Je crois que vous ne vous rendez pas compte... Oui, c'est énervant les gens qui vont tout le temps mal, je sais. En six mois, j'ai été heureuse une fois, un jour, quelques heures, pour rien d'ailleurs. Juste une fois. Je me suis sentie totalement libre, une fois. Mais vous ne vous souvenez pas qui est venu troubler ma sérénité ? Moi je me souviens très bien qui. Même si c'était pour de belles aventures, même si je ne regrette pas, je me souviens très bien qui est venu me sortir de ma rêverie et m'obliger à réfléchir pour faire un choix. J'en ai marre de choisir, c'est moi qui les assume tous ces choix après, c'est moi qui vit avec. Tous. J'ai choisi de me pourrir la vie, okay ? Ça ne vous va pas, je vous emmerde. Je me pourris la vie, je l'assume, mais je ne sais pas vivre autrement. Je me suis toujours pourri la vie mais ce qui change, c'est que depuis une dizaine de mois, j'ai appris à me plaindre et à penser à ma gueule. Avant, j'écoutais tout le monde sans rien dire, en gardant mes crises et mes angoisses pour moi seule ou pas loin. Mais vous ne comprenez donc pas ? Depuis sa mort à Lui, je ne suis pas capable de réussir quoi que ce soit, sur n'importe quel plan. Je ne sais plus rien entreprendre de faisable. Je vise trop haut ou trop bas, je ne suis plus motivée par rien. C'est sa mort qui m'a rendue comme ça, vous ne comprenez pas ? J'ai donné à bon nombre de personnes pendant tant d'années, j'ai donné mon amitié, mon amour, mon soutien, mon écoute, mon affection et quand ça a été mon tour d'aller mal, rares sont les personnes qui ont été capables de me rendre ne serait-ce qu'un dixième de ce que j'avais offert sans réfléchir. Je suis tombée de haut. Je m'étais promis que ça n'arriverait plus. Mais ça revient, évidemment. C'est dans les gênes je crois. Merde, vous ne voyez pas comme j'ai mal et comme je me tais. Et dès que je suis de mauvaise humeur je me reçois un coup. Vous croyez que j'aime ça ? Vous croyez que ça me plaît ? Vous trouvez que je suis trop souvent de mauvaise humeur ? Mais mes pauvres, vous ne me connaissez pas, si vous saviez seulement comme je vais mal... Tout le temps. Oui, tout le temps et je n'y peux rien. J'apprends à cohabiter avec mon angoisse parce que je n'ai plus la force de l'expulser. Je n'ai plus la force merde. Je suis fatiguée. Je suis exténuée. J'en ai marre. Je vais prendre du recul.
Léthargie Angoisse Utopie Rage Echec